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Shutter Island (2010)

Attention : ne pas lire la critique avant de voir le film…ça vous gacherait peut être le plaisir de la découverte.

De Martin Scorcese, avec Leonardo DiCaprio, Mark Ruffalo, Ben Kingsley, Emily Mortimer

Le pitch : Le Marshall Teddy Daniels est envoyé à l’asile psychiatrique de Shutter Island, ou sont isolés des patients soignés selon des méthodes alternatives, pour enquêter sur la disparition d’une femme.

L’avis : Shutter Island est de ces films à double tranchant, la première partie du film posant les bases d’un scénario solide, entre polard et thriller. La seconde partie ne fait que détruire la première, recréant une nouvelle réalité, renversant l’originelle, perdant le spectateur à la recherche de repères. Les doubles lectures sont multiples dans un scénario qui foisonne de détails et d’interprétations possibles.

Ajoutez à cela un rythme et une puissance aussi bien visuelle que sonore rarement vue chez Scorcese (qui préférait le solennel ou la violence brute), une direction d’acteurs correcte, une revisite des traumatismes de guerre, ce film a tout pour vous secouer. Sans être novateur en terme de cinéma, Scorcese se contente de reprendre avec maestria des codes déjà bien connus du public, distillant peur, dégout, ou impatience. Que le scénario nous plaise ou nom au final, là n’est pas la question ; Shutter Island vous a t’il surpris ?

Match Point (2005)

De Woody Allen, avec Jonathan Rhys-Meyers, Scarlett Johanson, Emily Mortimer

Le pitch : Chris, un jeune prof de Tennis d’origine modeste trouve sa voie de sortie auprès d’une famille très riche dont il épouse la fille. Mais il ne pense qu’à la fiancée de son beau frère

L’avis : Woody Allen adore mettre ses personnages face à leurs difficultés notamment sur le plan sexuel/relationnel (on peut même dire qu’il ne pense qu’à ça !) : et bien c’est réussi, d’autant plus qu’il ne joue pas dedans. On obtient un film dense, long, qui a révélé au plus haut niveau Jonathan Rhys-Meyers.

Un scénario simplicimement dément, une montée en puissance, des seconds acteurs impeccables, des décors magnifiques au sein des beaux quartiers de Londres…Match Point est un savoureux mélange, dont on appréciera jusqu’à son amoralité dans notre monde aseptisé à la mentalité toute tracée (même si on ne soutiendras pas les gestes du personnage)

De Eric Rohmer, avec Fabrice Luchini, Arielle Dombasles, André Dussolier, et d’autres

Le pitch : Perceval, éduqué dans l’ignorance, découvre malgré tout la vie des Chevaliers. Il rejoint Arthur et part en quète du Graal

L’avis : L’oeuvre de Chrétien de Troyes revisitée en vers octosyllabes. Voir un film récité en vers n’est pas de tout repos, il faudra s’accrocher malgré les petites baisses de rythmes et une fin un peu étrangement traitée. Heureusement, l’accompagnement musical est des plus agréable, même si les chants font un peu amateur par moments !

Côté visuel, je l’ai trouvé enchanteur, avec ses décors carton-pâte simplistes mais aux couleurs chatoyantes. L’idée est bonne d’autant plus qu’on regarde davantage le personnage que les frises sur le mur…résultat Perceval ressemble plus à une pièce de théatre qu’à un film. Heureusement que les acteurs principaux font des merveilles, même si d’autres ont du mal à déclamer leur texte sans avoir l’air rigides/absents.

Je vais parler un petit peu de ces deux films, l’un étant considéré classiquement comme culte par les cinéphiles, et l’autre étant renié par la communauté.

Le pitch : Jonathan est un joueur de rollerball, un sport extrême où s’affrontent deux équipes dans une arène.  Mais le jeu est contrôlé dans son ensemble par les corporations, dans l’intéret économique et de maintenir abrutis la population.

rollerball_ver2Le premier Rollerball, c’est l’histoire de la lutte contre le système, un clone du roman 1984, doté d’un fort impact : de magnifiques scènes de jeu, une patte graphique intéressante, mais une image qui vieillit mal (comme le disent les américains : un peu cheesy). Le film est également très marqué par son époque : des acteurs agés : les rollerballer ont dans la quarantaine et les corporatistes (les bad guy) l’âge de vos grand parents. Pour enfoncer le clou, la film est lent, très lent. Mais les scènes inter-match ont le mérite de montrer que si ces athlètes sont des stars, ils n’ont au final rien sous contrôle, leur vie ne dépend que des décisions de quelques oligarques, pour qui le jeu et la violence sont devenus des moyens pour occuper et contrôler la population. Jonathan pour lutter contre le système, en homme d’action intelligent, va attendre le bon moment pour frapper le système en son coeur et retourner la formidable machine qu’est le Rollerball contre ses créateurs. Rollerball nous livre un magnifique final, très épuré et riche en émotions.

rollerball-posterLe Rollerbal de John McTiernan (2002) ne souffre pas des même problèmes que son prédecesseur. Au contraire, très ancré dans son temps, on pourrait presque dire que ce Rollerball est trop moderne : trop typé sports et violence extrêmes, le tout baignant dans une musique aussi déchaînée que nécessaire pour décrire un univers en ébullition.

La réalisation gagne en dynamisme (merci Mr Tiernan), mais pourtant on regrettera que les matchs aient perdus en intensité, en ne parvenant pas à filmer de manière suffisamment claire les actions, tout devient confus, même si le tout est spectaculaire.

On retrouve l’ambiance pesante et inquiète de l’original, une vraie approche esthétique, et après quelques errements (la scène de l’évasion nocturne est assez pitoyable), on retombe sur nos pattes pour un final intense. Bref, pas si mauvais pour un film annoncé comme une daube finie.

De gaspard Noé, avec

Monica Belluci, Vincent Cassel, Albert Dupontel

Résumé (attention, spoiler) : Une jeune femme se fait violer dans un passage souterrain. Son compagnon et un ami traquent alors le violeur, pour faire justice eux-même.

Attention : film choc; Ici, pas de Bisounours. Pour apprécier ce film, il faudra en accepter sa violence.

Avis court : un film choc, qui veut être violent avec le spectateur. Il faudra accepter ce mal pour voir vraiment le film. Des acteurs magnifiques, des thèmes parfaitement développés, une image excellente, une musique dérangeante…un film dense dont vous ne ressortirez pas entier…comme une épreuve à traverser, ce film est à ware.

Avis développé : Irréversible est un film dur, marquant, dérangeant, coup de poing, extrêmement violent, déversant coups, sang, bile, haine, rage, transe dès les 1ères minutes ; suscitant l’horreur, la révulsion… la fascination, d’autant plus que l’image est soignée, esthétique, la direction d’acteurs impressionnante de justesse, ce qui accentue le malaise du spectateur voyeur.  Mais le tout est si prenant que malgré tout l’on désire ardemment voir la suite, savoir ce qui a pu créer ce chaos.

La presse bien sûr aura beaucoup insisté sur les scènes esthético-violentes, en débattant de l’intérêt d’une telle violence pour faire passer un message, ou sur le fait que Gaspard Noé soit un pervers mateur ravi de se délecter à si bon compte… Trop facile de réduire cette œuvre à ce seul aspect, ce n’est qu’une porte d’entrée, facile aussi, mais efficace, les J.T., jeux vidéo, films d’horreur et autres Saw font de même ou pire pour moins de bruit.

C’est un film inusuel pour deux raisons : il est filmé au début de manière hallucinée, la caméra bougeant sans cesse, à l’endroit comme à l’envers (au point d’en donner le tournis), et parce que toute l’histoire se fait à reculons : le film commence par sa fin, puis remonte la trame et le temps, certes ce n’est pas une grande première, mais c’est en soi un élément clef du film.

Donc, au-delà de sa force brute, qu’apporte ce film ? c’est le retour en arrière qui permet de dévider la pelote et la pensée de Gaspard Noé ; le choix du montage inversé est habile et « manipulateur »: au début, on est dégoûté par l’agression en une violence qui semble gratuite, on leur en veut, à Cassel et Dupontel ; puis, après la scène du tunnel, on « comprend, compatit et pardonne » le désespoir des 2 copains ; puis le Avant, le bonheur, le vent, la sieste, on se dit qu’ils méritaient vraiment pas ça : « le violeur peut crever ».

Profusion de thèmes de réflexion : violence subie et/ou donnée ; attitude indifférente, passive ou voyeuse des autres (du spectateur aussi) ; plaisir ambigu à mater la violence ; pas ou peu d’aide officielle, devoir alors se débrouiller seul, prendre sur soi, ne pas trop pleurnicher.

« Le temps détruit tout », phrase simpliste qui entame le film, nous dit que tel un effet boule de neige-domino, il suffit d’une pichenette pour effondrer le joli château de conte de fée du début ; que tout moment tendre peut être haché menu par n’importe quel évènement horrible. « Tout est impermanent », après le beau temps, vient la tempête (mais ça ne doit pas être le propos principal du film). D’ailleurs Noé indique clairement dans les dernières scènes que le malheur est inéluctable, comme l’annonçaient le rêve d’Alex (le tunnel rouge) et la sensation de mal de bras de Marcus.

Mais si ce n’est pas le temps qui détruit tout : ce sont les hommes. Tantôt bienveillants, bientôt méconnaissables de destruction, en proie à leur soif de vengeance. Tout commence avec le Ténia, mais même les meilleurs (Albert Dupontel) cèdent à la rage et frappent l’ennemi jusqu’à sa destruction. Et pourtant toute la seconde partie du film le montre en train de clamer sa non-bestialité, reprochant à Marcus d’être le Singe, la bête. Mais c’est lui qui tue. Autre chose : la toute première scène du film montre deux prisonniers, ils sont stupides, incapables de s’assumer et de freiner leurs ardeurs. Pourquoi cette scène ? Quel intérêt dans ce film ? C’est pourtant évident, parce qu’ils sont ce que presque n’importe quel individu peut devenir : des coupables, des gens qui ont « dérapés ».

Ce film est malin, on peut le lire de diverses façons, comme une enquête policière (le crime : pourquoi, comment) ou ethnologique (pourquoi ces comportements), à l’envers ou à l’endroit ; par exemple, si on le regardait cette fois à l’endroit, en commençant par le vrai début : tout moment tranquille porte en germe une explosion potentielle voire avérée (« méfiez vous de l’eau qui dort ») ; finalement le gentil n’est pas que gentil et peut être ou devenir lui aussi porteur de mal ; alors, s’il en bave plus tard, ce n’est que justice.

Et cette même dernière scène (celle du bonheur tranquille) peut aussi se lire comme la fin de l’histoire, donc un happy-end après tant d’épreuves… Alors, dans quel sens voir ce film ? Descente en enfer, ou retour au bonheur ? Double regard, sur une même situation, à l’image de nous mêmes, doubles, multiples, masqués, tantôt Dark Vador, tantôt Luke ? Quelle solution, que faire à la suite de l’agression subie ? zen attitude ou demolition man ? Quel est le mieux pour ne pas devenir fou ? Pour prouver son soutien ? Pour tenter de réparer ?

Et que reste t’il de l’amour ensuite, après le 2e carnage ? peut on revivre « comme avant » ?
Et s’il n’avait rien fait… tout aurait-il été été mieux pour autant ?
un film qui a mis beaucoup de gens mal à l’aise, peut-être parce qu’en cas d’attaque, on sait qu’on devrait se comporter « dignement » (c’est à dire en Gandhi, Jésus, Mère Thérésa, etc.) alors qu’on n’a qu’une envie : décapiter le méchant. Beaucoup de questions, peu de réponses ; reflet d’une société violente -multi formes, qui ne sait y répondre non plus.

Que Gaspard Noé ait raison ou pas, c’est bien la réaction du public qui prouve que ce film est un succès : susciter en nous le dégout, la réflexion, et plus simplement : une vive réaction.

Note : 8/10

Jacques Audiard a réalisé là un chef d’œuvre. Très souvent incompris quand j’en lis les avis, il est pourtant génial.

Tom suis les traces de son père, faisant ses affaires dans l’immobilier, n’hésitant pas à utiliser des méthodes musclées pour obtenir gain de cause. Mais un jour, il croise l’ancien agent de sa mère, qui était pianiste concertiste. L’agent lui donne une date pour une audition, et Tom se met en tête de le préparer. Réapprendre la musique va lui réapprendre à vivre.

Ce film repose sur le talent de Romain Duris, déjà vu avant dans l’auberge espagnole. Prometteur alors, il se confirme ici comme étant un véritable acteur. Les subtilités dans son jeu sont infinies, et c’est un délices de lire sur son visage les pensées par lesquelles passe Tom. Néanmoins il ne joue pas seul bien sûr, et les acteurs rassemblés ici me restent tous fidèlement en mémoire. Bravo à eux.

Pour un film Français, la réalisation est dynamique, efficace, souvent à l’épaule, et les plans sont esthétiquement travaillés, ce qui est peu souvent le cas par chez nous…Le résultat est là, le film est clairement au dessus du lot.

De toute évidence, le film tournant autour de la musique, ne pouvait se passer d’une bande son exemplaire. Le thème qu’il prépare pour l’audition bien sûr, mais aussi les autres. Et le piano, peut être plus que tout autre instrument calme l’esprit et ajoute à l’ambiance du film.

9/10